Au cours de la dernière année de son programme de R&D sur les fleurs et eaux florales de Rosa Damascena, le laboratoire CNRS/UPPA/IPREM confirme l’excellence française et met en garde sur les tromperies sur l’étiquette.
Pouvez-vous nous rappeler l’objectif premier de ce programme de recherche ?
Mickaël Le Bechec, ingénieur de recherches : L’objectif de ce projet triennal, porté par AGROTEC*, était de caractériser la typicité des matrices végétales cultivées en Nouvelle Aquitaine et plus particulièrement sur la caractérisation et la transformation des roses de Damas. Lors de trois campagnes consécutives, nous avons étudié les composés organiques volatils, émis par les eaux de rose et les fleurs de Rosa damascena de plusieurs régions de France et du monde.
Ces composés volatiles sont responsables de la perception olfactive des consommateurs. Certaines molécules ont également montré des propriétés bioactives dans le traitement de maladies telles que la dépression, les céphalées ou des maladies digestives et neurodégénératives.
A vos yeux, quel est son principal enseignement ?
M.LB (à gauche sur la photo) : Toutes les eaux de rose que nous avons analysées n’ont pas la même composition. Des échantillons en provenance de Bulgarie, de Turquie et du Maroc sont composés très majoritairement d’alcool benzylique : il représente 83 à 93% de leur composition totale, contre 0,4 à 6% pour les autres hydrolats, français et iranien.
Utilisé comme additif de conservation, ce composé empêche le développement des bactéries, des moisissures et des levures dans les cosmétiques qui contiennent de l’eau. Autant dire la majorité ! Figurant parmi les allergènes dans le règlement cosmétique européen, il doit être indiqué sur la liste des ingrédients lorsque sa concentration est supérieure à 0,001 % dans les produits sans rinçage et 0,01 % dans les produits à rincer.
C’est donc très choquant de le voir avec de telles concentrations dans les hydrolats analysés quand on sait qu’il peut provoquer sécheresse, allergie et réactions cutanées ! Le benzaldéhyde, ingrédient chimique utilisé en parfumerie, est également très présent dans des hydrolats en provenance de Bulgarie, alors qu’il ne représente qu’entre 0,04 et 0,79% de la composition totale des autres hydrolats.
J’invite les consommateurs à lire avec attention l’étiquette des eaux de roses de Damas qu’ils achètent !
Si la plupart des eaux florales concentrent majoritairement de l’alcool benzylique, cela signifie-t-il qu’elles sont pauvres en molécules d’intérêt et en composants volatils ?
Maxence Terrasse, ingénieur chercheur en chimie analytique : Clairement oui ! Les hydrolats provenant de roses marocaines, bulgares et turques sont pauvres (en %) en composés d’intérêt (géraniol, citronellol, phenylethyl alcool…) comparé aux autres hydrolats.
A contrario, un groupe d’eaux de rose, riches en composés, se distingue : ceux provenant de pétales de fleurs françaises et cultivées par les plus petits producteurs, en opposition aux autres hydrolats qui ont été achetés sur des plateformes en ligne. En dehors des eaux florales françaises, seule celle d’origine iranienne est de qualité.
La qualité de la fleur garantit-elle celle de son eau florale ?
M.T. (à droite sur la photo) : Les deux sont intimement liées, car les conditions de production (terroir, nature du sol, climat, irrigation…), de récolte et de stockage impactent la composition des molécules bioactives des roses de Damas.
Les analyses menées sur leurs composés organiques volatils mettent clairement en évidence la grande diversité et la richesse de leurs molécules. C’est d’ailleurs celles qui se retrouveront dans la fraction d’huile essentielle après distillation.
A ce titre, les roses biologiques, cultivées par Rosa-Rosae, sont plus riches en citronellol et en géraniol en 2023 par rapport à celles provenant des récoltes de 2024 et d’autres producteurs français.
Les pétales provenant des récoltes de 2024 à Montpezat ont les plus fortes concentrations en Limonene, de Linalool et Phenylethyl Alcohol.
Les conditions météorologiques (sécheresse en 2023 et abondance des pluies en 2024), la méthode de distillation (hydrodistillation en 2023 vers vapodistillation en 2024) ont eu une incidence sur le millésime.